Zeinixx, laisser une trace

Première femme à s’imposer dans le milieu du graffiti au Sénégal, elle inspire la jeune génération, à qui elle transmet son savoir-faire. Féministe, elle défend activement la place des femmes là où on ne les attend pas.

Mars 2026, en plein cœur de Colobane. Sur la devanture de la gare TER, une des plus fréquentée du réseau SENTER, où se croisent chaque jour des milliers de voyageurs, un échafaudage électrique est déployé. Deux artistes sont à l’œuvre, en train de réaliser une fresque.

Juchée à plus de sept mètres du sol, casque vissé sur ses oreilles, la graffeuse sénégalaise Zeinixx achève sa dernière œuvre. Elle peint le portrait de trois sportives originaires du Sénégal : Julie Marie Gomis, Combé Seck et Tening Faye. Elles sont toutes trois championnes de leurs disciplines respectives, réalisé conjointement avec KinMx, une graffeuse Irlandaise, dans le cadre d’un partenariat entre le COJOJ et l’ambassade d’Irlande au Sénégal, dans le cadre des JOJ Dakar 2026.

Première femme graffeuse

De son vrai nom Dieynaba Sidibé, Zeinixx est née à Thiaroye au début des années 1990. Passionnée par le dessin durant son enfance, elle commence le graffiti à l’adolescence. Elle cherchait un moyen de s’exprimer, librement, sans limite. « J’avais beaucoup de choses à dire. J’essayais de parler mais je n’étais pas entendue. Grâce au graffiti, j’ai pu m’exprimer. Les murs étaient très grands. Ça représente beaucoup d’espace. C’est très bien, j’avais beaucoup de choses à dire. »

À cette époque, Zeinixx est l’une des toutes premières graffeuses à se lancer au Sénégal. Autour d’elle, les hommes sont omniprésents et tous ne voient pas d’un bon œil la présence d’une femme à leurs côtés. Mais Zeinixx ignore leurs critiques. Dès lors, elle porte un casque, écoute en boucle les chansons issues du hip-hop et elle prend de la hauteur, des techniques « pour ne plus les entendre ». Sa méthode finit par payer : Zeinixx finit par se faire une place.

Elle déplore toutefois que son parcours reste une exception, dans un pays où bon nombre de femmes n’ont pas les mêmes opportunités que leurs homologues masculins. « Ici au Sénégal, les femmes n’ont pas accès à de nombreuses professions. Aujourd’hui encore c’est compliqué de faire certaines études, d’envisager certains métiers quand on est une femme. Quand j’ai commencé le graffiti, j’étais la seule. Mes parents avaient d’autres projets et ils m’ont posé beaucoup de questions », se souvient l’artiste, qui se souvient : « On m’a souvent demandé comment une femme pouvait se lancer dans ce domaine. » 

Transmission

Si son choix est loin de faire l’unanimité parmi ses proches, Zeinixx parvient tout de même à s’émanciper et à s’imposer dans le domaine du graffiti. Elle se lie rapidement à Oumar Diop, plus connu sous son nom d’artiste Grafixx, qui devient son mentor. « Il m’a vraiment tout appris. Tout ce que je sais, tout ce que je fais, c’est grâce à lui. Mon propre nom Zeinixx, c’est une contraction de son nom d’artiste et de mon prénom”, explique l’artiste. Grâce à lui, elle parvient à s’exporter et voyage pour exprimer son art. En Australie, en 2018, elle participe à une fresque collective et expose ses œuvres dans des expositions internationales. 

Aujourd’hui, riche de plusieurs décennies d’expérience dans les arts urbains, Zeinixx soutient à son tour la toute nouvelle génération de femmes artistes, au-delà du graffiti. Musique, photographie, hip-hop : elle a ses quartiers au sein de l’association Africulturban, à Pikine en banlieue de Dakar, et s’investit auprès des jeunes femmes notamment. 

« J’applique le principe “each one, teach one”. Tout ce que j’ai reçu, j’essaie de le rendre aux plus jeunes. La jeune génération doit s’imposer. Rien n’est facile, mais il ne faut rien lâcher. C’est ce que je leur répète », achève Zeinixx.

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