Figure incontournable de la scène culturelle sénégalaise, Aisha Dème consacre son énergie à faire rayonner l’art et la culture africains dans le monde entier. Son combat : mettre en lumière les femmes des industries culturelles et créatives.
Auteure, consultante et entrepreneure culturelle, Aisha Dème crée des ponts. Entre les artistes, les publics, les continents. Fondatrice et actuelle présidente de Siriworo, une agence culturelle qui accompagne des projets artistiques et soutient les acteurs du secteur, elle a à cœur de valoriser les industries culturelles en Afrique.
Ancienne présidente de la fondation Music In Africa, une organisation panafricaine dédiée au développement de l’industrie musicale sur le continent, rien ne la prédestinait à évoluer dans le milieu des industries culturelles et créatives.
Née et élevée à Dakar, Aisha Dème se prédestine d’abord à une carrière d’ingénieure informaticienne. Elle fait ses études à l’École supérieure polytechnique de Dakar, sort diplômée et travaille quelques années dans le secteur bancaire. Contre toute attente, c’est finalement dans l’art qu’elle se lance. “Un jour, j’ai eu envie d’aller faire ce que j’aimais le plus. La culture”, explique-t-elle.
From Dakar with love
Ses études en ingénierie et informatique lui serviront des années plus tard. Cofondatrice d’Agendakar.com, une plateforme numérique devenue une référence pour suivre l’actualité culturelle au Sénégal. Grâce à ce site, Aisha Dème réalise une avancée majeure à Dakar. Nous sommes en plein essor du numérique, mais à une époque où les calendriers d’événements culturels n’étaient pas encore répandus sur internet.
Dakaroise de naissance, la capitale sénégalaise est une source d’inspiration pour elle. “C’est une ville absolument incroyable d’un point de vue artistique. Vibrante. C’est la créativité partout, dans la rue, dans l’habillement. Quand on voit les femmes de haut en bas, c’est de l’art”.
Elle rend hommage à sa ville natale dans l’ouvrage “Dakar, nid d’artistes”, qui passe en revue la richesse, la créativité et le dynamisme de la capitale sénégalaise. Grâce à cette publication largement médiatisée en Afrique de l’Ouest et en Europe, elle participe à un combat important : permettre à l’Afrique et aux femmes africaines de raconter leurs propres histoires.
Les femmes d’abord
Sa passion pour l’art la pousse à voyager. Elle parcourt le monde et poursuit la même quête : : mettre en lumière les talents artistiques africains. Grâce à son travail, Aisha Dème multiplie les allers-retours entre les pays africains, l’Europe ou encore les États-Unis. Son engagement la pousse à collaborer de longues années avec Koyo Kouoh, l’une des premières et des plus importantes commissaires d’Afrique, décédée en mai 2025 des suites d’un cancer.
Lors de l’hommage rendu à Koyo Kouoh suite à sa disparition, Aisha Dème a salué sa “lumière”, voyant en elle un modèle pour l’Afrique et pour les femmes dans la culture. Selon Aisha Dème, Koyo Kouoh a ouvert des chemins et donné confiance à toute une génération de femmes africaines dans le milieu artistique.
Susciter des vocations
Au-delà de cet engagement, Aisha Dème milite activement pour la féminisation des industries culturelles et créatives. “Aujourd’hui, déjà, c’est difficile d’être une femme dans ce milieu. On est dans une société qui ne facilite pas beaucoup la vie aux femmes qui sont dans la culture. Elles sont vues de façon un peu négative. Alors imaginez, il y a 20, 30, 40 ans, pour celles qui étaient là, ce qu’elles ont dû subir… ” déclare Aisha Dème, ajoutant qu’ “elles se sont battues pour que nous puissions être là.”
Reconnaissante envers les pionnières féministes qu’ont été ses aînées, elle assure qu’“il est important que nous, à notre tour, on puisse faire la même chose pour celles qui arrivent. Aujourd’hui, Aisha Dème lance un appel aux jeunes filles qui souhaitent se lancer dans les métiers des industries culturelles et créatives. “La place est là, elle est à vous. Occupez-là. N’attendez pas que quelqu’un vous la donne.”


